PlayStation Store : Sony accepte de payer 7,85 millions de dollars, mais pourquoi ?
par Eric de BrocartSony a accepté de verser 7,85 millions de dollars pour mettre fin à une action collective concernant les prix de certains jeux numériques. Il ne s’agit toutefois ni d’une amende ni d’une condamnation définitive.
L’affaire remonte à 2019. Jusqu’à cette date, des enseignes comme Amazon, Best Buy, GameStop, Target ou Walmart pouvaient vendre des codes permettant de télécharger des jeux précis sur le PlayStation Store. Ces revendeurs étaient libres de proposer des promotions sur ces codes et donc de faire directement concurrence à la boutique de Sony Interactive Entertainment. En avril 2019, Sony a mis fin à la commercialisation de ces codes de jeux auprès des revendeurs américains. Les cartes permettant d’ajouter du crédit à un portefeuille PSN sont restées disponibles, mais l’achat d’un jeu numérique devait désormais être réalisé directement depuis le PlayStation Store.
Plusieurs consommateurs américains ont alors engagé une action collective contre Sony. Dans cette procédure baptisée Caccuri et al. v. Sony Interactive Entertainment, les plaignants accusent l’entreprise d’avoir réduit volontairement la concurrence sur le marché des jeux PlayStation numériques. Selon eux, la disparition des codes vendus par des enseignes tierces aurait permis à Sony de contrôler seul les prix et aurait conduit les joueurs à payer certains titres plus cher. L’action ne concerne donc pas l’ensemble des achats effectués sur le PlayStation Store. Elle porte sur une sélection de jeux pour lesquels des codes spécifiques étaient disponibles avant avril 2019 et dont le prix, après remises, aurait augmenté d’au moins 50 cents après leur retrait des boutiques concurrentes. La période retenue s’étend du 1er avril 2019 au 31 décembre 2023.
Après plusieurs années de procédure, Sony a accepté un accord transactionnel d’un montant de 7,85 millions de dollars. Cette somme doit permettre de mettre fin aux réclamations des consommateurs concernés, sans que l’entreprise reconnaisse avoir enfreint les lois américaines sur la concurrence.
Contrairement à ce que certains titres pourraient laisser croire, Sony n’a donc pas été condamné à une amende de huit millions de dollars pour avoir pratiqué des « prix abusifs ». Le tribunal n’a pas encore déterminé si l’entreprise avait réellement violé la loi. L’accord constitue un compromis : Sony accepte de payer pour mettre fin au litige, tandis que les membres de l’action collective renoncent à poursuivre séparément l’entreprise pour les mêmes faits.
La juge Araceli Martínez-Olguín a accordé une approbation préliminaire à cet accord le 8 avril 2026. Une audience est prévue le 15 octobre 2026 afin de déterminer si les modalités proposées sont justes et si l’accord peut être définitivement validé. Si cette validation intervient, la totalité des 7,85 millions de dollars ne sera pas directement reversée aux joueurs. Les avocats pourront demander jusqu’à 25 % du fonds pour leurs honoraires, auxquels s’ajouteront les frais administratifs et les éventuelles récompenses accordées aux représentants des plaignants.
Le montant restant sera réparti entre les consommateurs éligibles, principalement sous la forme de crédits versés sur leurs portefeuilles PSN. Les joueurs américains correspondant aux critères sont automatiquement intégrés à l’accord s’ils ne s’en sont pas retirés avant la date limite. Les détenteurs d’un compte PSN désactivé pouvaient demander un paiement par chèque jusqu’au 27 août 2026. Le montant individuel devrait donc rester relativement limité, notamment en raison du nombre potentiel de bénéficiaires. Une précédente estimation évoquait plus de 4,4 millions de consommateurs concernés. Même si tous ne recevront pas nécessairement une compensation identique, cette proportion montre que l’accord représente surtout une résolution juridique du conflit plutôt qu’un remboursement intégral des sommes supposément payées en trop.
Cette affaire prend cependant une dimension particulière alors que Sony prépare la fin des disques pour les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028. Lorsque les joueurs ne pourront plus choisir entre une version physique, un exemplaire d’occasion, un revendeur indépendant et le PlayStation Store, la question de la concurrence sur les prix deviendra encore plus importante. Il ne faut pas non plus confondre cette procédure américaine avec l’action collective actuellement examinée au Royaume-Uni. Cette dernière représente plusieurs millions de joueurs et réclame près de deux milliards de livres à Sony, également accusé d’avoir profité de son écosystème fermé et de sa commission sur les ventes numériques. Les deux affaires sont distinctes, mais elles posent une question commune : qui peut encore faire baisser les prix lorsque le constructeur contrôle l’unique boutique accessible depuis sa console ?
L’accord américain doit encore être définitivement approuvé. Son montant paraît modeste au regard des revenus générés par le PlayStation Store, mais son existence rappelle que la disparition de la concurrence entre revendeurs ne concerne pas seulement la propriété ou la conservation des jeux. Elle peut aussi avoir une influence directe sur le prix payé par les consommateurs.
Et vous, pensez-vous que Sony devrait de nouveau autoriser la vente de codes de téléchargement pour des jeux complets chez des revendeurs concurrents ?






