Actualité

Lynx-R2, un casque européen à contre-courant des géants de la réalité mixte

par

Le Lynx-R2 revient avec une approche radicalement différente sur le marché de la réalité mixte. Un casque ouvert, pensé en Europe, qui privilégie l’ingénierie, la réparabilité et l’accessibilité face aux écosystèmes fermés des géants du secteur.

Présenté le 21 janvier 2026 lors d’une keynote dédiée, le Lynx-R2 marque une nouvelle étape pour Lynx Mixed Reality. Dévoilé par son fondateur et PDG Stan Larroque, ce casque de réalité mixte autonome succède au R1 avec un objectif clair, corriger les limites de la première version tout en affirmant une vision à contre-courant des géants du secteur. Dans un marché largement dominé par des acteurs américains, Lynx fait figure d’exception. Le constructeur français est aujourd’hui l’un des rares acteurs européens encore actifs sur le segment des casques de réalité mixte avancés. Un positionnement qui renforce le discours de Stan Larroque autour de l’ouverture, mais aussi d’une certaine souveraineté technologique et numérique, régulièrement mise en avant par l’entreprise.

Développé par une équipe d’environ 25 personnes basée à Paris, le Lynx-R2 ne cherche pas à rivaliser frontalement avec les approches fermées et très capitalistiques de Meta ou d’Apple. Il se positionne plutôt comme une plateforme ouverte, pensée pour durer, et destinée aussi bien aux développeurs qu’aux professionnels et aux acteurs industriels.

Sur le plan matériel, le Lynx-R2 repose sur la puce Qualcomm Snapdragon XR2 Gen 2, associée à 16 Go de mémoire LPDDR5 et 128 Go de stockage interne. L’architecture du casque a été conçue pour rester évolutive, avec la possibilité d’accueillir à terme une future génération de processeur, comme une XR2 Gen 3, sans remise en cause complète du design. Une approche encore peu courante sur ce marché, où les cycles matériels sont généralement rapides et peu compatibles avec l’évolution.

L’un des axes centraux de cette nouvelle version concerne l’optique. Lynx a opté pour un système de lentilles pancake courbées combinant des éléments sphériques et asphériques. Contrairement à certaines approches cylindriques adoptées par d’autres fabricants, l’équipe affirme avoir relevé le défi industriel de laminer des films optiques sur une surface sphérique. Cette solution permet un étirement plus homogène du champ de vision et une meilleure exploitation de la surface d’affichage.

Le champ de vision officiel annoncé atteint 126 degrés à l’horizontale et 103 degrés à la verticale, avec plus de 80 pour cent de recouvrement stéréo horizontal. À titre de comparaison, un casque autonome comme le Quest 3 se situe aux alentours de 110 degrés, ce qui permet de mieux mesurer l’ampleur de la prouesse technique revendiquée par Lynx sur un appareil entièrement autonome.

Le choix de l’écran illustre clairement la philosophie du projet. Le Lynx-R2 embarque deux écrans LCD affichant une définition de 2312 par 2160 pixels par œil, soit environ 2.3K, avec un taux de rafraîchissement allant jusqu’à 90 Hz. Là où certains concurrents misent sur le micro-OLED, Lynx assume un positionnement plus pragmatique. Stan Larroque explique qu’un écran LCD de ce type coûte environ 30 dollars, contre près de 300 dollars pour une dalle micro-OLED. Ce compromis vise à maintenir un coût de production maîtrisé et, à terme, un prix final plus accessible. Cette décision a néanmoins des conséquences techniques, notamment sur la latence. La latence dite photon-to-photon, entre la capture des caméras et l’affichage à l’œil, se situe entre 12 et 20 millisecondes. Selon Lynx, cette limite est principalement liée aux caractéristiques de la technologie LCD, et non aux performances du traitement logiciel.

Sur le plan ergonomique, le Lynx-R2 conserve plusieurs éléments distinctifs du R1. La batterie reste positionnée à l’arrière du casque afin d’améliorer l’équilibre général, pour un poids total annoncé d’environ 550 grammes. La visière relevable de type flip-up est reconduite, facilitant les transitions rapides entre réalité virtuelle, réalité mixte et environnement réel, un point particulièrement apprécié dans les usages professionnels.

Lynx met également en avant une réduction marquée de l’obstruction visuelle. Le cadre du casque n’occuperait que 6 pour cent du champ de vision naturel de l’utilisateur. Le dégagement oculaire est réglable jusqu’à 23 millimètres, ce qui permet le port de lunettes sans accessoire spécifique.

Le Lynx-R2 intègre un ensemble complet de capteurs, avec plusieurs caméras dédiées au tracking, deux caméras couleur pour le passthrough, un capteur de profondeur iToF et un système d’illumination infrarouge pour le suivi spatial. L’ensemble fonctionne avec un système de refroidissement actif à double ventilateur, ainsi qu’une connectivité moderne incluant le Wi-Fi 7 et le Bluetooth 5.4.

La réparabilité fait partie intégrante du positionnement du Lynx-R2. Le casque est assemblé par vis plutôt que par collage, avec l’utilisation de plastiques bio-sourcés. Cette conception facilite la maintenance, le remplacement de composants et limite la production de déchets électroniques. Lynx prévoit de vendre séparément certaines pièces détachées comme les batteries, les cartes mères ou les modules caméra.

Cette logique s’étend également au modding matériel. Les schémas des entrées et sorties du casque seront rendus publics afin de permettre l’ajout de capteurs ou de modules personnalisés par des tiers, une démarche encore très marginale dans l’univers des casques XR grand public.

Côté logiciel, le Lynx-R2 repose sur LynxOS, un système développé en interne à partir d’Android AOSP. Le casque est compatible avec OpenXR, Unity, StereoKit et WebXR (et sans doute Unreal moyennant quelques bidouilles). Le bootloader est ouvert, et les développeurs disposent d’un accès complet aux données brutes des capteurs. Lynx met également en avant la possibilité d’un fonctionnement entièrement hors ligne, sans dépendance à des services cloud, avec une attention particulière portée au respect du RGPD.

Lors de sa présentation, Stan Larroque a insisté sur la stratégie économique de Lynx. L’entreprise se concentre sur des problématiques d’ingénierie et d’intégration plutôt que sur de la recherche scientifique fondamentale. Une approche qu’il juge plus réaliste pour une structure de taille modeste, avec des investissements se chiffrant en millions plutôt qu’en milliards.

Aucun prix officiel n’a encore été communiqué, mais certains indices permettent d’esquisser un positionnement. Si Lynx parvient à maintenir des coûts similaires à ceux évoqués pour l’affichage et conserve une marge comparable à celle du R1, il n’est pas irréaliste d’envisager un prix public autour des 1200 euros, bien en-deçà de solutions comme le Vision Pro. Une hypothèse qui reste à confirmer, mais qui s’inscrit dans la logique d’accessibilité revendiquée par le constructeur.

Le Lynx-R2 est attendu pour une sortie à l’été 2026. Avec cette seconde génération, Lynx poursuit une trajectoire singulière sur le marché XR, misant sur l’ouverture, la durabilité et une certaine indépendance technologique plutôt que sur la surenchère matérielle. Une proposition qui pourrait trouver un écho particulier auprès des développeurs et des professionnels à la recherche d’alternatives crédibles aux écosystèmes fermés.

Eric de Brocart
Fondateur - Directeur de publication
Magicien professionnel, quand je ne suis pas derrière mon PC, photographe amateur, quand j'ai le temps et surtout un grand passionné de réalité virtuelle.
Me suivre :

Commenter 0 commentaire

Soyez le premier à commenter ce contenu !