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META USDC POLEMIQUE

Meta teste les paiements en USDC et inquiète déjà Washington

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Meta expérimente les paiements en USDC pour certains créateurs Facebook. Une initiative limitée, mais déjà surveillée par le Sénat américain.

Meta n’a pas abandonné l’idée de rapprocher ses plateformes des paiements numériques. Après l’échec de Libra, devenu Diem avant d’être enterré en 2022, le groupe de Mark Zuckerberg revient par une porte plus discrète. Cette fois, il ne s’agit pas de créer une monnaie maison, mais de permettre à certains créateurs de recevoir leurs revenus en USDC, un stablecoin lié au dollar américain (une crypto-monnaie non-spéculative, NDLR).

L’expérimentation concerne pour l’instant une sélection de créateurs Facebook en Colombie et aux Philippines. Ces paiements peuvent être envoyés vers des portefeuilles crypto compatibles, via les réseaux Polygon et Solana. Polygon Labs confirme que Meta prend désormais en charge les paiements en USDC pour certains créateurs de ces deux pays, avec Polygon comme l’un des deux réseaux retenus.

Dans les faits, le fonctionnement reste assez simple. Le créateur éligible choisit l’option de paiement en stablecoin, renseigne l’adresse de son portefeuille compatible, puis reçoit son prochain versement en USDC. Il peut ensuite conserver ces fonds sous forme numérique ou les convertir en monnaie locale via des plateformes adaptées, lorsque cela est possible dans son pays.

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Le dispositif s’appuie aussi sur des partenaires de paiement comme Stripe. Le rôle de l’entreprise n’est pas d’émettre l’USDC, mais de faciliter l’infrastructure de paiement et certains usages liés aux portefeuilles compatibles. Polygon Labs indique d’ailleurs que Meta espère étendre l’accès aux paiements en stablecoin à plus de 160 marchés d’ici la fin de l’année 2026 via Stripe.

L’intérêt pour Meta est évident. Les paiements internationaux coûtent cher, prennent parfois du temps et peuvent devenir complexes dès que les créateurs vivent dans des marchés où les infrastructures bancaires sont moins fluides. Avec l’USDC, le groupe teste une solution de paiement plus rapide, potentiellement moins coûteuse et déjà compatible avec plusieurs réseaux blockchain.

Mais cette expérimentation fait aussi ressurgir de vieux souvenirs à Washington. En 2019, Facebook avait présenté Libra, un projet de monnaie numérique mondiale qui avait rapidement provoqué une opposition politique et réglementaire. L’idée qu’un réseau social utilisé par plusieurs milliards de personnes puisse contrôler une infrastructure financière privée avait inquiété les autorités américaines et internationales. Le projet avait finalement été abandonné.

Cette fois, Meta insiste sur une différence majeure. Le groupe ne crée pas son propre stablecoin. Il utilise un actif déjà existant, l’USDC, émis par Circle, et s’appuie sur des infrastructures tierces. Cette approche lui permet de rester officiellement dans le rôle d’interface de paiement, sans devenir directement émetteur d’une monnaie numérique.

Cela ne suffit toutefois pas à rassurer Elizabeth Warren. La sénatrice démocrate, membre de premier plan de la commission bancaire du Sénat, a envoyé une lettre à Mark Zuckerberg pour demander des explications sur les projets de Meta liés aux stablecoins. L’implication d’un acteur comme Stripe, géant américain des paiements en ligne, renforce encore la portée du dossier. Il ne s’agit plus seulement d’un test isolé mené par un réseau social, mais d’une possible articulation entre plateformes sociales, infrastructures de paiement et stablecoins. Elizabeth Warren estime que toute tentative de contrôler, influencer ou favoriser un stablecoin sur les plateformes du groupe pourrait avoir des conséquences importantes sur la concurrence, la confidentialité des données, l’intégrité du système de paiement et la stabilité financière.

Le sujet est d’autant plus sensible que les États-Unis ont adopté en 2025 le GENIUS Act, une loi destinée à encadrer les stablecoins de paiement. Ce texte impose notamment un cadre aux émetteurs autorisés de stablecoins, avec des exigences en matière de réserves et de supervision. Dans ce contexte, voir un groupe comme Meta tester ce type de paiement avec l’appui d’un acteur majeur comme Stripe suffit à attirer l’attention du Sénat américain.

La crainte d’Elizabeth Warren porte moins sur l’USDC lui-même que sur la place que pourrait prendre Meta dans l’écosystème financier. Si le groupe devient l’interface privilégiée entre créateurs, utilisateurs, paiements et données sociales, il pourrait acquérir une influence considérable sans être régulé comme une banque traditionnelle.

La sénatrice demande notamment à savoir si Meta prévoit une intégration plus large au second semestre 2026, quels stablecoins pourraient être concernés, quelles protections seraient prévues pour les utilisateurs et si MetaPay pourrait évoluer pour permettre de conserver directement des stablecoins sur la plateforme. Elle demande une réponse d’ici le 20 mai 2026.

Cette affaire dépasse donc largement le cas de quelques créateurs payés en crypto. Elle pose une question plus vaste, celle de la place des géants du web dans les paiements numériques. Entre les réseaux sociaux, les messageries, les places de marché, les créateurs de contenus et les systèmes publicitaires, Meta dispose déjà d’un volume considérable de données. Ajouter une couche de paiement pourrait renforcer encore cette position.

Pour les créateurs, l’idée peut pourtant sembler séduisante. Recevoir des revenus en USDC peut permettre d’éviter certains délais bancaires, de réduire les frictions internationales et de disposer d’un actif numérique indexé sur le dollar. Mais cette simplicité apparente s’accompagne aussi de nouvelles responsabilités, notamment la gestion d’un portefeuille crypto, la sécurité des clés privées, la fiscalité locale et la conversion vers une devise utilisable au quotidien.

L’expérimentation de Meta montre surtout que les stablecoins ne sont plus seulement un sujet réservé aux plateformes crypto. Ils deviennent progressivement des outils de paiement envisagés par les grandes entreprises technologiques, les acteurs du commerce en ligne et les services financiers.

Reste à savoir jusqu’où Meta pourra aller. Si le groupe se limite à proposer une option de paiement technique pour certains créateurs, l’initiative pourrait rester un outil pratique parmi d’autres. Si elle devient une brique centrale de ses plateformes, avec une intégration plus profonde dans Facebook, Instagram, WhatsApp ou MetaPay, la réaction des régulateurs pourrait être beaucoup plus ferme.

Après le METAVERS, l’intelligence artificielle et les lunettes connectées, Meta regarde donc aussi du côté de la finance numérique. L’entreprise avance cette fois avec plus de prudence qu’à l’époque de Libra, mais le fond du débat reste le même. Une société privée qui contrôle déjà une partie de nos échanges sociaux peut-elle aussi devenir un acteur majeur de nos paiements ?

redacteur vignetteEric de Brocart
Fondateur - Directeur de publication
Magicien professionnel, quand je ne suis pas derrière mon PC, photographe amateur, quand j'ai le temps et surtout un grand passionné de réalité virtuelle.
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